J'ai mis un certain avant de pondre ce deuxième volet de la quête du sens, qui finalement, n'avait pas un intérêt incontournable !
Donc, forts de notre petit bout de papier indiquant une localité sur la côte sud de l'Angleterre que nous avait remis le barman du Rocket, c'est 6 mois plus tard que nous retournons en pélerinage. Nous ne sommes plus que 2 au lieu de 4 (y a eu un split !) et nous décidons d'aller passer quelques jours de vacances sur l'île de Wight. Depuis Londres, le transit par Bognor Regis s'imposait donc...
2 heures de train et nous voilà débarqués dans cette petite station balnéaire, l'endroit le plus ensoleillé d'Angleterre, une authentique base avancée de retraités britanniques, dans le style de toutes celles que la France produit sur la Côte d'Azur... Autant dire que, à l'exception de la mer, peu de choses a priori nous enchantent ici ; mais pas de panique, Crawley, c'était moche aussi !
Sauf qu'à Crawley, il régnait ce côté déprimant mais authentique des villes dortoirs, une mixité sociale et une réelle chaleur humaine. A Bognor Regis, deux jeunes qui débarquent le sac au dos, c'est un peu louche : on nous regarde avec méfiance, d'autant qu'on tourne à droite à gauche, cherchant visiblement quelque chose...
Ce quelque chose, c'est encore et toujours une vieille pantoufle en semi-retraite (en juin 97, Robert devait bien buller !) qu'on espère bien retrouver dans son jardinet, une guitare à la main, un chapeau de paille sur la tête en train de siroter une menthe à l'eau... C'est qu'il faisait chaud, à Bognor, ce jour-là ! Robert a beau être un zombie, ça nous laisse un petit espoir de l'apercevoir dehors si on tombe sur sa maison...
Méthodiquement, on se met à sa recherche (on y croyait, j'vous jure !). Comme il a toujours affirmé qu'il avait vue sur la mer, on décide de longer la plage et d'inspecter tous les jardins. Pas toujours évident ! Y a du fric, à Bognor, et donc des barrières, des barbelés et des caméras ! Bah, on n'est pas des voleurs, on regarde juste, on ne rentre pas dans les propriétés. Depuis la plage, quand c'est possible, on scrute les cours, les jardins et les fenêtres... Cela prend parfois une dizaine de minutes par maison avant de trouver un bon angle de vue ; et si quelqu'un se trouve dans le jardin, il faut qu'on s'éloigne en sifflottant avant de revenir un peu plus tard. Bref, à ce rythme, on n'a pas fini !
Alors petit à petit, par lassitude, on ne décide d'inspecter que les maisons qu'on trouve belles. Ca coule de source ! On se disait : Robert, il ne peut pas avoir des goûts de chiottes, il ne peut pas habiter cette pauvre maison ridicule ; par contre, celle-là, style petit manoir, oui, c'est possible ! Bref, que de la subjectivité ridicule, mais qui nous a permis de faire un écrémage...
Une fois, on tombe sur une maison assez grande et très stylée : briques apparentes, formes plutôt arrondies, tourelles, fenêtres sombres... Elle nous plaît tellement qu'on se met dans la tête que c'est sûrement celle-là ! On l'inspecte sous toutes ses coutures, essayant de repérer le moindre indice. Des jouets d'enfants traînent près du garage... Bah, c'est peut-être ceux de ses neveux... On a bien dû passer 2 heures autour de cette maison, dont la grille était ouverte, mais on n'a jamais osé entrer et personne n'est apparu. De quoi entretenir des regrets dans nos fantasmes...
Après cela, on y est revenus ; grille cette fois fermée, toujours personne en vue. La motivation après ça s'est nettement effritée ; on avait fermement l'impression qu'on avait trouvé Robert...sans l'avoir trouvé ! On a continué à fouiller sans y croire. Une personne, croyant qu'on était des vagabonds, nous a même indiqué la maison de l'Armée du Salut ! C'est dire si on se sentait à notre place dans cette pauvre station balnéaire ! Un peu dégoûtés, on a fini par mettre les voiles le lendemain matin, prenant la direction de l'île de Wight pour méditer sur ce qu'on venait de rater...ou pas !
Moralité : Robert, tu ferais mieux de venir vivre dans les Alpes, c'est moins pourri et moins ennuyeux que Bognor Regis...

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Il faut bien que les dictateurs gagnent parfois les élections, sinon ils n'en organiseront plus.
Jacques Chirac, à propos de l'Afrique