Le Rockstore, mercredi 24 mai 2006 :
Il faisait chaud ce mercredi à Montpellier pour la venue de l’enfant du pays et il faisait encore plus chaud à l’intérieur du Rockstore (une fille des premiers rangs s’est même évanouie au beau milieu du concert). Une salle pleine d’un public qui fera plusieurs ovations à une Emilie visiblement très heureuse de retrouver cette salle qu’elle connaît par cœur (« cela fait trois ans que nous n’étions pas venus jouer ici, il était temps »), ses copains et sa famille (placée au balcon de la salle et vers laquelle Emilie jettera de nombreux regards illuminés tout au long du concert).
Le choix des premiers morceaux (commencer par Dame de lotus plutôt que par Alicia) indique la tendance générale du concert : rythmée. Il faudra trois ou quatre morceaux de réglage pour que le son soit en place mais par la suite tout ira pour le mieux. Le set principal durera une heure et demie environ. Trois courts rappels suivront. Pour le second rappel, Emilie chante Flowers avec pour unique musicien Mehdi, le musicien solo qui assurait la première partie et, pour le dernier rappel, Emilie, seule au piano, interprète Come as you are de Nirvana juste après avoir précisé qu’elle pensait très fort à quelqu’un qui n’était pas là ce soir.
Sinon, de façon générale il y a le sentiment qu’Emilie est une sorte d’anti-star et d’anti-leader. Encore plus, m’a-t-il semblé qu’il y a deux ou trois ans lorsque je l’avais vue à Sète. Elle ne cherche pas à attirer l’attention sur elle. Il y a quelque chose de très marquant quand on la voit sur scène : sa façon d’écouter (notamment en début de morceau) les autres musiciens, en ne bougeant plus en étant (littéralement) tout ouïe. En somme : pendant quelques secondes, à plusieurs reprises, elle fait partie elle aussi du public. Ce qui est assez déstabilisant (et c’est tant mieux) pour le « vrai » public puisque celle qu’il est venu écouter, d’une certaine manière, prend sa place.
On se dit qu’il y a presque un malentendu : on était venu voir Emilie Simon et en fait on assiste plutôt à quelque chose qui ressemble à un spectacle quasi théâtral avec de multiples acteurs. On comprend l’attitude d’Emilie, sa façon d’observer les autres, sa passivité toute enfantine : les autres musiciens (notamment Cyril Hernandez et Cyrille Brissot qui joue pleinement son rôle de magicien musical, jusque dans sa tenue vestimentaire), leur façon de jouer et toute la panoplie d’instruments extraordinaires qui peuple la scène (même l’antique piano devient un instrument au ventre mystérieux) sont un véritable spectacle vraiment fascinant.
Il y a aussi le sentiment inhabituel et un peu dérangeant de voir ce concert comme on verrait une horloge et, en même temps, ses mécanismes et, parfois d’en subir un peu les impératifs horaires, quelque chose qui met un peu de distance entre nous et Emilie, et vice versa. Les moments les plus intenses du concerts ont peut-être été ceux où, précisément, les mécanismes furent mis à mal : que ce soit grâce à la rage d’Iggy Pop par l’intermédiaire d' I Wanna Be Your Dog, par la solitude d’Emilie en toute fin de concert lorsqu’elle évoque le souvenir de Kurt Cobain ou encore par ces quelques larmes versées pendant Désert. Autant de moments où Emilie et son public ne faisaient plus qu’un.
set list (sauf erreur) :
Dame de lotus
Fleur de saison
Rrose hybride de thé
In the Lake
Sweet Blossom
Annie
Swimming
Opium
Le Vieil Amant
Ice Girl
All Is White
A Wanna Be Your Dog
Song of the Storm
Never Fall In Love
Désert
Alicia
En Cendres
My Old Friend
Graines d’étoiles
Flowers
Come As You Are
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"Cure, un groupe à part, punk dans l'esprit mais pas dans la forme"
Hugo Cassavetti